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Livre

Guillemette de La Borie
La dernière héritière

Philippe Chauveau : Avec ce nouveau titre, « La dernière héritière », Guillemette de La Borie, vous venez d'obtenir le prix spécial du jury du Grand Prix Périgord de littérature. Il faut le dire, l'action se déroule essentiellement dans le Périgord, dans un petit château perdu dans cette belle région. Avec cette belle couverture, nous allons notamment faire connaissance dans les premiers chapitres de Pauline. Pauline qui va se marier un peu par amour, un peu par convenance, et puis on va faire connaissance avec toute la famille. D'où vient-elle Pauline et qu'avez-vous eu envie de nous raconter avec « La dernière héritière » ?

Guillemette de La Borie : J'ai eu envie de me promener à travers le XXe siècle. On commence effectivement à la fin du XIXe siècle par un mariage arrangé, de convenance, d'amour, tout cela à la fois, c'était comme ça que cela se faisait. Ce qui m'a intéressé, c'est de rentrer dans la mentalité, dans la manière de penser, de vivre, d'aimer, de nos arrières grand-mères et de voir comment au cours de ce siècle absolument effroyable et en même temps passionnant, tous ces bouleversements ont transformé le destin profondément de la fille et la petite fille du personnage de Pauline, très loin à la fois du Périgord et de ce qu'elles étaient censées devenir.

Philippe Chauveau : Le roman va de 1893 à 1948, on fait donc connaissance au tout début avec Mr et Mme de Fages, Charles et Pauline, puisque nous sommes dans la petite noblesse de province.

Guillemette de La Borie : Très loin de l'aristocratie parisienne, ils vont prendre de plein fouet la crise agricole, les changements de structures, et vont être obligé de se réinventer. Philippe Chauveau : Ils vont aussi être confrontés aux deux guerres Guillemette de La Borie : Confrontés aux deux guerres, confrontés à la révolution russe aussi.

Philippe Chauveau : Il y a toute la grande Histoire en toile de fond de ce roman et puis on découvre aussi la vie au quotidien au château de Péchagrier avec ses habitudes. Vous nous emmenez régulièrement dans les cuisines pour voir comment vit toute la domesticité. Comment avez-vous travaillé ? On sent qu'il y a beaucoup de recherche pour coller au plus près de la réalité.

Guillemette de La Borie : Pour ce livre, j'ai essayé de rentrer le plus possible dans les mentalités, j'ai lu énormément de correspondances, d'archives, de journaux, de cahiers et de livres de comptes, tout ce qui permettait de comprendre de l'intérieur comment on vivait, comment on pensait, comment on cherchait son chemin.

Philippe Chauveau : De ces cinquante années de la fin du XIXe jusqu'aux années 1950, nous allons côtoyer beaucoup de personnages, c'est pour cela d'ailleurs qu'à la fin du livre, il y a des arbres généalogiques et puis vous nous rappelez quels sont les personnages principaux du roman. On s'attache à ces personnages, que ce soit Charles et Pauline, avec leur façon de s'aimer, que ce soit tous les enfants, beaucoup de personnages féminins, il y a toutes les petites que nous allons voir grandir, que ce soit Marguerite, que ce soit Renée, qui va choisir une autre forme de vie, et il y a aussi tous les garçons, certains qui vont avoir envie de prouver leur bravoure sur le front... Tous ces personnages, comment les avez-vous conçus ?

Guillemette de La Borie : Les sept enfants sont venus de cette idée que les femmes étaient vraiment épuisées par les grossesses successives, cela a commencé comme ça, dans la masse de documentation que j'ai trouvé. J'ai eu envie de les incarner à travers les uns et les autres. Vous avez dit tout à l'heure que j'avais essayé de montrer à la fois les cuisines et le salon, cela me fait très plaisir que vous disiez cela parce que ce qui m'a frappé aussi, en cherchant, c'est à quel point tout le monde faisait partie de la même entité, avec des domaines un peu autarciques où chacun imprimait sa marque, avec toutes les injustices, toutes les hiérarchies sociales lourdes, mais j'ai essayé de rendre hommage à chacun, pour la place qu'ils ont tenu dans ce petit théâtre de Péchagrier, ce domaine périgourdin où je situe mon roman.

Philippe Chauveau : Personnellement, ce que j'ai apprécié dans ce roman, c'est qu'on retrouve un peu l'esprit « Downtown Abbey » puisque vous nous racontez la vie d'un petit château de province. Il y a aussi dans l'esprit, dans l'écriture, la sensibilité de Maurice Druon avec « Les grandes familles », j'ai aimé la finesse dans votre écriture et la qualité de votre style. Comment avez-vous travaillé justement cette écriture qui n'est peut-être plus celle qui a cours aujourd'hui ?

Guillemette de La Borie : C'est probablement par influence justement, à force de plonger dans les archives, cela m'intéresse aussi de faire rentrer dans mon écriture des éléments de vocabulaire, des tournures d'esprit et d'écriture qui correspondent à l'époque. Merci de le remarquer parce que cela fait partie de mes efforts de faire coller dans l'écriture et dans la manière de voir les choses selon les époques. On allait plus lentement, il y a aussi un rythme des jours qui est beaucoup plus lent au début du siècle qu'à la fin. Cela fait partie de ce que j'ai essayé de montrer.

Philippe Chauveau : La vie s'écoule lentement à Péchagrier, ce qui n'empêche pas nos personnages d'être emportés par le vent de l'Histoire. Avez-vous eu du mal à laisser vos personnages ? C'est une grande saga sur trois ou quatre générations, j'imagine qu'ils sont devenus un peu votre famille ?

Guillemette de La Borie : J'essaie de garder de la distance parce que chaque personnage est une composition et ce n'est certainement pas le décalque de telle ou telle personne qui existe. Il y a un danger à vouloir en faire des personnages... Bien sûr, j'imagine bien comment ils ont continué à vivre mais à leur manière et pas comme des calques de véritables personnes.

Philippe Chauveau : C'est l'histoire d'une famille de 1893 à 1950, c'est aussi une partie de notre Histoire de France. C'est un très beau roman, porté par une écriture très maitrisée. Guillemette de La Borie, votre actualité, «  La dernière héritière », vous êtes publiée par Calmann Lévy, merci beaucoup.

Guillemette de La Borie : Merci.

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