< retour s'abonner >
Portrait

François d'Epenoux
Le presque

Philippe Chauveau : Bonjour François d'Epenoux.

François d'Epenoux : Bonjour.

Philippe Chauveau : « Le presque » c'est votre actualité aux éditions Anne Carrière, c'est déjà votre 11e titre. Vous évoluez dans le domaine de la publicité, est-ce qu'il y a une passerelle entre la publicité et l'écriture romanesque?

François d'Epenoux : Oui, les deux s'enrichissent mutuellement, la publicité nous apprend le rythme et la concision et c'est quelque chose que l'on retrouve parfois dans les dialogues de mes romans. Il y a un peu de presse et de scénario, toutes ces facettes de l'écriture s'enrichissent les unes les autres.

Philippe Chauveau : On a l'habitude de voir la publicité dans un monde d’effervescence où l’on est à plusieurs pour cogiter alors que l'écriture nécessite plus de solitude, de temps, de réflexion. L’écriture est-elle pour vous une parenthèse ?

François d'Epenoux : Oui, ce sont deux natures de prestations totalement différentes mais qui se complètent bien, moi, cela me convient. Ma véritable vocation, c'est l'écriture romanesque mais la pub je la prends comme un jeu nécessaire parce qu'il est alimentaire et c'est un travail d'équipe qui fait du bien par rapport au travail solitaire du romancier. Cela dit, mes conditions de travail pour mes romans sont dans un open space, dans une agence de communication où tout le monde parle, il y a de la musique... Cela désamorce l'angoisse de la page blanche et inscrit l'écriture romanesque dans un contexte très quotidien qui me va bien.

Philippe Chauveau : Vous avez fait votre apparition en 1995 avec « Gégé ». Pourquoi ce besoin d'écrire, d'être publié? Sont-ce les hasards de la vie qui vous ont amené à l'écriture? Comment analysez-vous votre parcours?

François d'Epenoux : Cela a été un concours de facteurs différents qui se sont conjugués. Il y a eu une espèce de volonté d'écrire à partir du moment où j'ai découvert les textes, au lycée, en seconde littéraire. J'ai commencé avec des petites nouvelles, des poèmes et c'est aussi une vocation par défaut parce que dans ma famille, nous sommes tous nuls en sciences et mon père était journaliste. Cela a vraiment été une nécessité, j'ai besoin de l'écriture comme de l'oxygène, la vie ne me suffit pas, je la trouve parfois trop attendue, trop prévisible, trop organisée. J'ai l'impression d'être sur une autoroute et j'ai besoin de ces petits chemins que l’on voit partir dans la campagne ; l'écriture représente ces petits chemins.

Philippe Chauveau : En 2001 vous avez publié « Deux jours à tuer » qui a été adapté au cinéma, puis « Les papas du dimanche » qui a aussi été adapté. Le fait qu'il y ait eu des adaptations cinématographiques de vos romans a-t-il changé votre façon d'écrire, votre façon de percevoir le romanesque?

François d'Epenoux : Je pense que j'ai d'avantage recours au dialogue aujourd'hui. On pourrait se dire que j'écris pour les adaptations, mais non, le fait d'avoir écrit pour des scénarios de films m'a appris l'efficacité du dialogue. Dans mes premiers livres, il y avait beaucoup de narrations, je me faisais la plume à travers des descriptions très longues parfois trop longues peut-être. Mon éditeur me disait : « Attention de ne pas te regarder écrire. » J'apprenais le métier. Aujourd'hui je me rends compte de l'efficacité redoutable du dialogue. Il dit beaucoup de choses et il désamorce le coté trop pontifiant de la narration, ou trop littéraire, il donne de l'humour, il inscrit dans la vie, et il est peut-être moins solennel que certaines descriptions. J'y ai recours plus facilement aujourd'hui depuis que j'ai travaillé sur des scénarios à plusieurs reprises.

Philippe Chauveau : C'est souvent un homme qui tient le premier rôle dans vos romans, souvent des hommes en fragilité, en désespérance. Pourquoi ce besoin d'écrire sur la fragilité masculine?

François d'Epenoux : Sans doute parce qu'il y a une part de moi-même très forte et que je me révèle à travers ça. J'ai le sentiment que mes romans me rattrapent et que c'est inconscient chez beaucoup d'auteurs. Chaque roman est une pièce du puzzle. Dans ma vie, je n'ai pas toujours l'occasion de révéler mes fragilités parce qu'il faut que j'avance, que je m'organise, que je gagne ma vie etc... Pour moi le roman est essentiel, c'est sans doute le moment où je me révèle. J'ai eu une éducation où l’on n'avait pas le droit de se plaindre, on gardait tout pour soi. Heureusement que j'ai ces livres pour m'exprimer parce qu'autrement je serais devenu complètement fou, ou complètement névrosé ou encore plus névrosé que je ne le suis ! Comme je suis un homme, ce sont souvent des personnages masculins parce que je me retrouve en eux et j'ai besoin de croire en leurs histoires. Je crois d'avantage en des histoires d'hommes, parce que je fais d'avantage corps avec des hommes qu'avec des femmes. Cela dit, pour mon deuxième roman, je m'étais glissé dans la peau d'une femme, c'était d'ailleurs très amusant comme exercice.

Philippe Chauveau : En tout cas votre actualité met encore en scène un homme, c'est Marc. « Le presque », c'est votre nouveau roman publié aux éditions Anne Carrière.

< retour remonter ^