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Le livre

Aymeric Patricot
L'homme qui frappait les femmes

Philippe Chauveau :
Aymeric Patricot, vous publiez aux éditions Léo Scheer « L'homme qui frappait les femmes », c'est votre quatrième livre, mais votre troisième roman. Voilà un titre qui forcément ne peut pas passer inaperçu.
Vous nous racontez le parcours de cet homme qui ne trouve sa jouissance qu'en frappant les femmes, que ce soit son épouse, sa maîtresse ou les autres femmes qu'il croise sur son chemin. Pourquoi parler de cet homme ?

Aymeric Patricot :
En fait, dans mes précédents romans, je m'intéressais au thème des victimes des violences masculines. Donc je m'intéressais au parcours de quelques femmes qui avaient pu souffrir de ça. Des parcours qui étaient inspirés de témoignages et puis je me suis demandé si ça ne pouvait pas être intéressant pour une femme d'étudier la psychologie inverse. La psychologie de l'agresseur. Et j'ai décrit un vrai prédateur. Quelqu'un qui évolue pourtant dans un milieu très correct, qui n'a pas vécu de choses brutales dans son enfance, mais qui a des pulsions violentes et qui les développe tout au long de sa vie par lâcheté. C'est quelqu'un qui a envie d'être violent, mais les hommes il n'ose pas trop parce qu'il sent que c'est plus dangereux, donc par pure lâcheté il se consacre aux femmes.

Philippe Chauveau :
Est-ce difficile pour un écrivain de se mettre dans la peau d'un personnage aussi violent ou y-a-t-il eu une certaine jouissance à imaginer ce personnage ?

Aymeric Patricot :
Je ne peux pas dire que j'ai eu une jouissance sadique à m'imaginer faire ce genre de chose. En revanche, il y a une vraie jouissance littéraire à imaginer le pire et à faire parler quelqu'un qui n'a aucune excuse. D'ailleurs, c'est quelqu'un qui n'a aucune excuse et qui se considère comme un salaud. Il n'y a aucune ambiguité morale au roman. Mais il se considère comme une sorte de maudit. Il se dit : « j'ai cette chose en moi, que j'ai développé jusqu'au bout. J'ai un peu raté ma vie. Ma vie a été horrible, mais je l'ai vécu jusqu'au bout ». Et mon plaisir de romancier, ça a été d'analyser les contradictions, les souffrances, les tristesses et en même temps les scènes très violentes. Je n'ai pas eu de plaisir à imaginer, mais du plaisir à décrire ces scènes de très grande violence.

Philippe Chauveau :
Là où vous poussez la perversité, c'est que votre personnage qui frappe les femmes, est journaliste à un moment de sa vie, il côtoie le milieu politique, il est même président d'une association qui vient en aide aux femmes battues. Il fallait oser ça !

Aymeric Patricot :
C'est un homme politique qui travaille à l'Assemblée nationale, qui travaille dans certaine mairies. En fait, je voulais un homme qui menait une double vie. Très respectable le jour en apparence, un couple très bourgeois et puis un comportement de vrai prédateur la nuit et montrer qu'il pouvait y avoir des personnalités clivées comme ça. D'ailleurs, je pense que ça existe, tous les psychiatres le disent, et c'est ça qui rendait le personnage intéressant. Et ce qui le rend d'autant plus troublant c'est qu'il a une activité politique très correcte et il créé effectivement une association de défense des femmes battues. Il aide dans son métier des femmes battues. Il les accueille. On peut se demander pourquoi il fait ça. Soit pour mieux se cacher, soit par mauvaise conscience, comme si dans la journée il cherchait à réparer ce qu'il fait la nuit.

Philippe Chauveau :
Le sujet est déroutant, mais le style est bien présent.

Aymeric Patricot :
Ma seule envie, c'est d'écrire un bon roman. Quand je l'ai relu, j'ai pensé à Simenon qui écrit aussi des romans très court, un peu polar, un peu analyse psychologique, mais avec un beau style. Un roman de Simenon c'est dérangeant, mais on a du plaisir à le lire, précisément parce que c'est dérangeant.

Philippe Chauveau :
Donc c'est un roman que vous assumez pleinement ?

Aymeric Patricot :
Oui. Même si je comprends que ça dérange et même si j'ai envie d'écrire autre chose et les prochains romans seront très différents, enfin j'espère.

Philippe Chauveau :
Merci Aymeric Patricot. Votre actualité chez Léo Scheer, « L'homme qui frappait les femmes ».

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